Université Catholique

de l'Afrique de l'Ouest

UNITE UNIVERSITAIRE A BOBO
 

Vie spirituelle

L’Aumônerie de l’UCAO/UUB

Enseignement social de l’Eglise

Au cours de son histoire et, en particulier, ces cent dernières années, l’Eglise n’a jamais renoncé à dire le mot qui lui revient sur les questions de la vie sociale. Aux hommes et aux femmes de notre temps, à tous les peuples et à toutes les nations, elle offre son enseignement. Cet enseignement a une profonde unité, qui jaillit de la Foi en un salut intégral, de l’Espérance en une justice pleine et de la Charité qui rend tous les hommes vraiment frères dans le Christ. Le service que l’Eglise rend à la société, selon Saint Jean Paul II, « est avant tout un service de formation des consciences : proclamer la loi morale et ses exigences, dénoncer les erreurs et les atteintes à la loi morale, à la dignité de l’homme sur laquelle il se fonde, éclairer, et convaincre » .

Le chrétien sait qu’il peut trouver dans l’enseignement social de l’Eglise les principes de réflexion, les critères de jugement et les directives d’action sur la base desquels promouvoir un humanisme intégral et solidaire. Diffuser cet enseignement constitue, par conséquent, une priorité pastorale authentique, afin que les personnes, éclairées par celui-ci, soient capables d’interpréter la réalité d’aujourd’hui et de rechercher des voies appropriées à l’action.

Les éléments essentiels qui décrivent et définissent la nature de l’enseignement social de l’Eglise sont ainsi présentés par la Congrégation pour la doctrine de la foi  : l’enseignement social de l’Eglise tire son origine de la rencontre du message évangélique et de ses exigences éthiques, avec les problèmes qui surgissent dans la vie de la société. Cet enseignement se forme par le recours à la théologie et à la philosophie, lesquelles lui donnent un fondement, et par le recours aux sciences humaines et sociales qui lui apportent un complément.
Pour avoir une idée complète de l’enseignement social, il faut se référer aux éléments qui le constituent comme une discipline particulière et autonome, théorique et en même temps pratique, dans le domaine vaste et complexe de la science de la théologie morale, en étroite relation avec la morale sociale . Pour ce faire, il importera d’examiner successivement, le statut épistémologique de la matière, sa nature et son objet, et de nous intéresser au l’histoire de son développement. D’où la démarche méthodologique suivante : 


Démarche méthodologique (plan)

  • Du statut épistémologique de la matière

« doctrine » ? Enseignement ? Social ?

  • Nature et objet de l’enseignement social de l’Eglise
  • Nature de l’Enseignement social de l’Eglise

Sources - fondement - sujets - contenu – méthode- finalités 

  • Objet de l’Enseignement social de l’Eglise

Principes permanents - valeurs fondamentales - les critères de jugement – directives d’actions.

  • Introduction au développement historique depuis 1891

 

 


  • Du statut épistémologique de la matière

 

Les nuances impliquées en chacune des deux expressions :

  • « doctrine sociale  », et
  • « enseignement social  ».

La référence à ces concepts prête le flanc à une triple critique : en tant que

  • « doctrine  »,
  • « enseignement » et en tant que
  •  « social  ».
  • Une doctrine sociale ?

L’expression « doctrine sociale » remonte à Pie XI et désigne « l’ensemble des indications pratiques adressées à ceux qui acceptent l’enseignement social pour les aider à transformer les diverses structures économiques, politiques, … de la société  » Cf. Pie XI, Encyclique Quadragesimo anno. 
Parler de « doctrine » laisse sous-tendre une rigidité dans les principes alors que ceux-ci évolueront au cours de l’histoire.

  • Un enseignement social ?

L’enseignement social est « l’ensemble des vérités et normes morales enseignées par le Magistère de l’Eglise et ayant pour objet la nature et l’organisation de la société humaine  » (Carlo CAFFARRA). Le terme « enseignement » désigne davantage l’aspect théorique.

  • Du qualificatif Social ?

En tant que « sociale », l’« enseignement » de l’Eglise semble être affaire de circonstances historiques ». (Paul VALADIER). L’expression était claire, dès Rerum novarum (1891) : désigne la naissance et le développement d’une classe ouvrière exploitée et maintenue dans une situation injuste, en marge de la société moderne.

Aujourd’hui, l’enseignement magistériel s’est élargi à des problèmes nouveaux : santé, bioéthique, relations internationales. Développement économique des pays en voie de développement, etc. Cet élargissement du terme « social » à tous les problèmes posés par les rapports humains devrait logiquement conduire à lui substituer celui d’ « éthique », et à parler d’enseignement éthique.

  • Nature et objet de l’enseignement social de l’Eglise

 

  • Nature de l’enseignement social de l’Eglise

L’enseignement social de l’Eglise tire son origine de la rencontre du message évangélique et de ses exigences éthiques, avec les problèmes qui surgissent dans la vie de la société. Cet enseignement se forme par le recours à la théologie et à la philosophie, lesquelles lui donnent un fondement, et par le recours aux sciences humaines et sociales qui lui apportent un complément. Les éléments qui constituent l’Enseignement social de l’Eglise comme une discipline particulière et autonome, théorique et en même temps pratique :

  • Ses sources : la Sainte Ecriture, la Tradition, l’Enseignement des Pères et des grands théologiens de l’Eglise et le Magistère lui-même.
  • Son fondement et objet primaire : la dignité de la personne humaine avec ses droits fondamentaux qui constituent la « vérité sur l’homme ».
  • Son sujet : toute la communauté chrétienne, en harmonie et sous la conduite de ses pasteurs légitimes, dont les laïcs aussi, avec leur expérience chrétienne, qui sont les actifs collaborateurs.
  • Son contenu : Il récapitule la connaissance de l’homme, de l’humanité et de la société. Reflète l’homme complet, l’homme social comme sujet déterminé et réalité fondamentale de l’anthropologie chrétienne.
  • Ses finalités  : d’un caractère éminemment théologique l’enseignement social s’exprime dans sa finalité pastorale de service pour le monde, finalité qui tend à stimuler la promotion intégrale de l’homme moyennant la praxis de la libération chrétienne, dans sa perspective terrestre et transcendante. Il ne s’agit pas seulement de communiquer un « savoir pur », mais un savoir théorico-pratique de portée et d’incidence pastorale, en cohérence avec la mission évangélisatrice de l’Eglise, au service de tout homme, de chaque homme et de tous les hommes.
  • Sa méthode  : Une triple dimension théorique, historique et pratique qui sont connexes, une dimension qui facilite la compréhension du processus dynamique inductif-déductif de la méthodologie de l’enseignement social. Cette méthode déjà présente d’une manière est adoptée de manière décisive dans Gaudium et Spes. Elle se développe en trois temps : voir, juger et agir.
  • Objet de l’enseignement social de l’Eglise

 

Principes permanents et valeurs fondamentales

  • Les principes permanents :
  • La dignité de la personne humaine
  • Les droits de l’homme
  • Le rapport personne-société
  • Le bien commun
  • La solidarité et la subsidiarité
  • La conception organique de la vie sociale
  • La participation
  • Destination universelle des biens de la terre.
  • Les valeurs fondamentales :
  • La vérité :
  •  La liberté 
  • La justice 
  • La paix 
  • Les Valeurs pour le développement 
  • La charité ou l’amour chrétien 
  • Les Critères de jugement

 

  • Les valeurs fondamentales comme « normes de jugement » (La connaissance de la réalité, la capacité de juger objectivement)
  • Les conditions de vie humaine
  • La valeur éthique des structures et systèmes
  • L’attention à porter sur l’influence des idéologies
  • Le discernement dans les choix
  •  Devoirs sociaux des Églises particulières
  • Directives d’action

 L’Enseignement social de l’Eglise (en tant que savoir théorico-pratique) est orientée vers l’évangélisation de la société. D’où la nécessaire invitation à l’action sociale offerte dans des directives :

  • Le respect de la dignité de la personne humaine
  • La lutte pour la justice, la paix et la solidarité
  • Le dialogue
  • La formation pour les nécessaires compétences
  • La bonne connaissance des réalités temporelles et l’expérience de foi
  • La disposition d’esprit aux dons de l’Esprit
  • La pratique de la charité et de la miséricorde
  • Introduction au développement historique depuis 1891

Quelques documents importants

  • Le 15 mai 1891 par le pape Léon XIII (1810-1903) publie l’encyclique Rerum novarum. Elle constitue le texte inaugural de la doctrine sociale de l’Église catholique. S’inspirant des réflexions et de l’action des « chrétiens sociaux », l’encyclique, écrite face à la montée de la question sociale, condamne « la misère et la pauvreté qui pèsent injustement sur la majeure partie de la classe ouvrière  » tout autant que le « socialisme athée ». Elle dénonce également les excès du capitalisme et encourage de ce fait le syndicalisme chrétien et le catholicisme social. Elle constitue une véritable défense des droits de la classe ouvrière marquée par un appauvrissement progressif.
  • Le 15 mai 1931, le pape Pie XI publie une encyclique Quadragesimo Anno, 40 ans après Rerum Novarum (d’où son nom, en latin « dans la quarantième année »). Écrite en réponse à la Grande Dépression, elle préconise l’établissement d’un ordre social basé sur le principe de subsidiarité. Le pape y défend le principe d’association, le droit de propriété, la question du relèvement du prolétariat et la problématique du juste salaire. Elle met par ailleurs l’accent sur le droit à la vie et aux moyens d’avoir une existence descente. Quadragesimo Anno contient aussi une condamnation sans appel du communisme et du socialisme.
  • Le 11 avril 1963, le pape Jean XXIII publie l’encyclique Pacem in Terris (Paix sur la Terre : Sur l’établissement d’une paix universelle dans la vérité, la justice, la charité et la liberté). C’est une des plus célèbres encycliques du XXe siècle, qui pose les principes qui seront repris dans certains documents du concile Vatican II et de papes ultérieurs. L’encyclique opère le déplacement assez radical par rapport à la doctrine classique et reconnaît explicitement les droits humains. Jean XXIII reconnaît la légitimité de la recherche de la législation pour les droits humains ; à la fois personnels et collectifs, économiques et politiques. Il énumère les différentes catégories des droits humains : « ces droits et devoirs sont universels, inviolables et inaliénables ». Il les fonde sur la loi divine inscrite au cœur de l’homme et sur le témoignage de sa conscience. 
  • Le 7 décembre 1965, le Concile Vatican II poursuit la réflexion. Est votée à 2 208 voix contre 70, sous la présidence du pape Paul VI, la Déclaration Dignitatis Humanae (sur la liberté religieuse). Elle est le fondement des relations entre l’Église et les gouvernements séculiers, qu’ils soient pluralistes ou officiellement catholiques. Depuis sa promulgation, la vision de la liberté religieuse mise en avant par la Déclaration Dignitatis Humanae est restée une des principales pierres d’achoppement avec les représentants du courant traditionaliste. Ces derniers considèrent que la liberté religieuse a subi les condamnations successives de plusieurs papes du XIXe siècle et que l’infaillibilité du magistère est engagée par de telles condamnations. Ce texte apparaît toutefois comme l’un des documents les plus importants de l’Église catholique en matière des droits humains.
  • Le 26 mars 1967, en la fête de Pâques, le pape Paul VI donne Populorum progressio, une encyclique sur le développement humain et la notion chrétienne de progrès. Se faisant ainsi l’écho de la réflexion conciliaire, Paul VI présentera l’Église, « experte en humanité » et en dialogue avec le monde, en offrant « ce qu’elle possède en propre : une vision globale de l’homme et de l’humanité » (n° 13). Les peuples, voire les personnes humaines, sont donc au centre de la perspective globale de l’Encyclique. Pour le Pape, si l’Église aborde l’épineuse problématique du développement des peuples, c’est pour se « mettre au service des hommes  » d’une façon désintéressée. L’économiste François Perroux commentera ainsi Populorum progessio : « La lettre encyclique que nous saluons est l’un des plus grands textes de l’histoire de l’humanité ; il rayonne d’une sorte d’évidence rationnelle, morale et religieuse. Il dénonce sans ménagement l’échec actuel des économies, des sociétés et des civilisations considérées à l’échelle de la planète  » : PERROUX, F., Le pain et la parole, Cerf, Paris, 1969, p. 281-282.
  • Le 14 septembre 1981, au 90ème anniversaire de Rerum Novarum, le Pape Jean Paul II intervint avec la grande encyclique Laborem exercens. Tout le système de la division internationale du travail et de la structuration de l’économie mondiale entrait dans une crise profonde. Le document explique clairement que la clef centrale de toute la question sociale se trouve dans le travail humain, comme le point de référence le plus adéquat pour analyser tous les problèmes sociaux. C’est à partir du travail comme dimension fondamentale de l’existence humaine que sont traités dans l’encyclique tous les autres aspects de la vie socio-économique, sans omettre l’aspect culturel et technologique.
  • En 1987 (30 décembre), à l’occasion du vingtième anniversaire de l’encyclique Populorum progressio, le pape Jean-Paul II consacra une encyclique au thème du développement humain et de la notion chrétienne du progrès, Sollicitudo rei socialis (Sur les questions sociales), avec deux objectifs majeurs : rendre hommage au document historique de Paul VI et réaffirmer la continuité de la doctrine sociale de l’Église en même temps que son renouvellement continuel en matière de progrès et de développement humains.
  • Plus de vingt ans après Sollicitudo rei socialis, et une quarantaine d’années après la publication de Populorum progressio, de grands changements sont intervenus, au niveau mondial, sur la problématique du développement humain. Ces importants changements sociaux opérés, à savoir les questions brûlantes relatives à la mondialisation, à l’environnement, au développement durable, et à la crise financière, économique et sociale, constituent incontestablement les préoccupations essentielles qui ont suscité chez Benoit XVI la rédaction de l’encyclique signée le 29 juin 2009 : Caritas in veritate (L’amour dans la vérité). Celle-ci se présente, en effet, comme une contribution substantielle à un appel prophétique adressé à tous les humains, dans un contexte mondial marqué par les grandes questions de l’heure : crise sociale, économique et financière, environnement, mondialisation et solidarité, travail et communications, droits et devoirs des citoyens de la planète et de leurs gouvernants, etc. Le Pape y aborde ces questions dans une perspective anthropologique et théologique enracinée dans la longue tradition de l’enseignement social de l’Eglise.

 

 A travers les prises de position des papes, l’Eglise assume son ministère prophétique. Mais la vie de l’Eglise ne se limite pas aux textes du Magistère. L’Eglise, au niveau des femmes et des hommes qui la composent, a souvent été la pointe au cours de l’histoire, non seulement de la charité, mais aussi de la défense des droits des pauvres et des exclus. Aujourd’hui encore, les chrétiens sont très actifs dans ce domaine. Mais l’Eglise soutient que la recherche et la réalisation du bonheur de l’homme, poursuivis avec effort sur cette terre, n’atteindront leur perfection que dans l’au-delà (GS 39 § 3).
Dans son engagement terrestre, la tâche de l’Eglise est triple :

  • L’annonce

 L’Eglise en tant que prolongement et présence du Christ dans le monde et dans l’histoire, doit poursuivre la mission prophétique de Jésus. La première mission de l’Eglise est d’annoncer le message évangélique ; elle s’engage à être promotrice des droits de l’homme, à défendre la personne humaine en tant qu’individu ou faisant partie d’un groupe. Les Eglises locales s’engagent en parole comme en action et leur contribution sera d’autant plus efficace et durable qu’elles interviendront de manière organisée et planifiée. Les laïcs sont bien placés par leur intégration dans les milieux du monde et de l’histoire pour travailler de manière directe à l’instauration d’un ordre temporel juste (GS 43 § 2).

  • La dénonciation

 L’Eglise a le droit de dénoncer les violations passées ou présentes qu’il s’agisse d’actions isolées ou de situations permanentes. Le devoir de dénonciation doit s’accomplir bien entendu après une analyse bien objective de la situation. Ainsi, il est recommandé d’intervenir seulement quand tout est clair et avec solennité.

  • L’accompagnement

 La dénonciation ne doit pas demeurer seulement négative. L’Eglise, en sa hiérarchie et dans ses fidèles doit se préoccuper aussi de l’action positive pour corriger une situation ou y remédier. L’Eglise doit aussi éduquer les gens au respect des droits de l’homme. L’Eglise a une responsabilité et une action à assurer dans la vie politique. Ce n’est donc pas un triomphalisme que d’agir en témoignage social. Elle imite son divin fondateur dont les paroles et les actions furent toutes au bénéfice des hommes pour les sauver, les guérir, les libérer et les aider.

  • Orientations pour l’Eglise d’Afrique

A considérer objectivement la société africaine actuelle, le moins que l’on puisse affirmer c’est qu’elle est en proie à de graves crises à tous les niveaux. Les injustices qui sont régulièrement commises défraient les chroniques. Les tenants du pouvoir utilisent tous les moyens pour s’y maintenir au détriment des codes éthiques ; tandis que les conquérants s’emploient par tous les moyens pour y accéder. De part et d’autre, tous les coups sont permis : les mensonges politiques, les assassinats, les arrestations arbitraires, les calomnies ou dénigrements publics, les privations de la liberté d’association, les répressions des mouvements de protestation, la confiscation de la liberté de la presse, l’exclusion des opposants, les fraudes massives aux élections, etc.

L’actualité africaine nous propose quotidiennement des faits tragiques de violences et de conflits. Des cas patents de violation affreuse des droits de l’homme se multiplient ça et là sans que les dirigeants des nations aient l’air de s’en émouvoir. Sur le plan économique on peut noter entre autres : les attributions des marchés publics aux parents et amis, les mauvais paiements des salaires et des indemnités aux fonctionnaires quelquefois irréguliers ou même absents ; l’implantation régionaliste des sociétés d’Etat et des grandes infrastructures ; l’attribution arbitraire des bourses et le recrutement dans la fonction publique par affinités ou encore contre des « dessous de table  » ; les rackets sur nos routes ; les contrebandes, etc. Toutes choses qui ont fait naître et entretiennent la corruption, véritable gangrène des sociétés africaines.

La bonne gouvernance semble ne pas avoir droit de cité : les lenteurs administratives dans le traitement des dossiers sans que l’usager ne sache pourquoi ; le favoritisme, le laxisme, le clanisme, le tribalisme dans les promotions des uns et des autres à des postes de responsabilité dans les administrations, etc. De telles pratiques regrettables bloquent des énergies humaines et empêchent la prise en compte du mérite, de l’éthique, des capacités de créativité, réels déterminants d’un développement humain durable. Même la justice qui devrait garantir la vérité et la liberté est corrompue. Les droits sont bafoués et la qualité du verdict correspond au poids ou à la dimension de l’enveloppe financière versée.

Cette situation du continent « si dramatique que l’on ne peut admettre l’indifférence ni le refus de s’engager » (JEAN-PAUL II, Exhortation Apostolique post-synodale, Ecclesia in Africa, n°120), interpelle le chrétien à la responsabilité. Il revient aux baptisés africains, au nom de leur foi, d’influer sur leur destinée humaine en s’engageant pour l’édification d’une humanité digne, noble et prospère sur l’ensemble du continent.

A l’heure où le tissu social africain se disloque dans de multiples crises, où les systèmes d’éducation et de formation se détériorent, où l’ensemble des sociétés africaines ne semblent plus fonctionner selon des repères rationnels et éthiques, il est du devoir des chrétiens de réfléchir sur les moyens nécessaires à l’édification d’une société pleinement humaine. Le défi est de construire une société nouvelle, organisée selon une logique de fécondité d’esprit créateur et novateur, structurée sur des valeurs d’éducation et de travail, de solidarité et de justice, de volonté et d’effort, de liberté et de vérité, etc. Il s’agit, pour les chrétiens, de faire triompher, à l’échelle de toute l’Afrique, ces valeurs dans des espaces de vie concrète capables de faire tache d’huile sur l’ensemble du continent (Cf. KA MANA, Christ d’Afrique, Enjeux éthiques de la foi africaine en Jésus-Christ, p. 60.).

Dans cette perspective, il importe de promouvoir un ensemble de valeurs, de conditions et d’exigences sociales et religieuses qui permettent et favorisent dans les êtres humains, en contexte africain, le développement intégral de l’homme. Ces valeurs, ces conditions et ces exigences sociales et religieuses, peuvent être considérées, selon la perspective définie dans l’Enseignement social de l’Eglise, comme un « bien commun » aux chrétiens au service de leur développement plénier selon l’anthropologie chrétienne de l’ « imago Dei ». C’est par ce biais qu’ils pourront, ainsi que le déclare Léonard Santedi Kinkupu, « inventer une manière adéquate d’annoncer l’Evangile, de proclamer un Evangile qui soit bonne nouvelle de salut et de libération ». En effet, s’interroge Kinkupu, « quelle parole annoncer à des hommes et des femmes qui se demandent du matin au soir comment survivre et demeurer homme ou femme au milieu d’une pauvreté harassante, humiliante et dévalorisante où la satisfaction du plus élémentaire besoin s’obtient avec tant de peine ? » (KINKUPU, L. S., Les défis de l’évangélisation dans l’Afrique contemporaine, Karthala, Paris, 2005, p. 44).

Vivre pour le chrétien devient ainsi un chemin d’une compréhension nouvelle de lui-même et des autres membres de sa communauté, une voie nouvelle d’action et d’engagement pour la reconstruction et la promotion des sociétés africaines dans les perspectives de la vie en abondance ; cette vie dont il faut comprendre, soutient Kä Mana, qu’« elle n’est pas un simple besoin de prospérité économique ou de sécurité matérielle dans un champ social spirituellement tranquille, mais une réorientation globale de nos combats pour que l’humain en devienne réellement l’enjeu » (KA MANA, Christ d’Afrique, Enjeux éthiques de la foi africaine en Jésus-Christ, p. 102). L’épiscopat burkinabè semble être du même avis lorsqu’il déclare : « il y va de la fidélité au commandement d’amour donné par le Seigneur. Comment un chrétien digne de ce nom pourrait-il s’abstenir de lutter de toutes ses forces pour l’élévation du niveau de vie, et le bonheur humain et spirituel de son prochain ? Bien au contraire, il lui faut se trouver au premier rang de ceux qui travaillent dans ce but, surtout lorsque les ressources du territoire ne sont pas abondantes » (Lettre des évêques à l’occasion du 75ème Anniversaire de l’Evangélisation en Haute Volta, Presses Africaines, Ouagadougou, 1975, p. 28).

Pour parvenir à une promotion authentiquement qui prenne en compte l’intégrité de l’humain, il sera indispensable que tous les chrétiens africains soient disposés à partager avec les autres ce qu’ils sont et ce qu’ils ont, et à participer, dans la mesure des possibilités, à la création de structures sociales, économiques et politiques qui, conformément au plan de Dieu, favorisent l’épanouissement de tous. En cela, depuis la fin des années 1980, l’Eglise d’Afrique a participé à la mise en place de laborieuses tentatives pour guider de manière directe la transition des états africains vers la démocratie. Ce fut le fait de figures de proue de l’épiscopat africain, représentées entre autres par le Cardinal Laurent Monsengwo Pasinya à la République Démocratique du Congo (RDC), Monseigneur Anselme Titiama Sanon au Burkina Faso et Monseigneur Nicodème Barrigah-Benissan au Togo.

Dans les « Commission Vérité, Justice et Réconciliation » de nombreux pays, et plus encore dans ses propres « Commissions Justice et Paix », l’Église d’Afrique a participé à la formation civique des citoyens et à l’accompagnement des processus électoraux en différents pays. Elle a ainsi contribué, reconnaît Africae Munus, « à l’éducation des populations et à l’éveil de leur conscience et de leur responsabilité civiques. Ce rôle éducatif particulier est apprécié par un grand nombre de pays qui reconnaissent l’Eglise comme un artisan de paix, un agent de réconciliation, et un héraut de la justice  » (BENOIT XVI, Exhortation apostolique post-synodale Africae Munus, n° 23). Pour devenir de crédibles promoteurs humains, cela suppose le courage de refuser les comportements nocifs, même s’ils sont devenus habituels, et la formation sur le rôle de la famille, des femmes, des hommes et des jeunes dans la construction d’une société saine sur la base des valeurs éthiques chrétiennes telles que l’enseigne l’Enseignement social de l’Eglise.

Dans le ferme engagement à poursuivre les objectifs de la promotion humaine et sociale, une tâche importante ne devrait pas être négligée : l’éducation et la formation.

En conclusion,
Aujourd’hui, comme par le passé à travers le monde, beaucoup de chrétiens sont activement engagés, souvent au péril de leur vie, dans la défense et la promotion de l’humain et des peuples. Tout en étant conscient que Dieu est le garant du bonheur et du salut humain, chaque chrétien devra ouvrir l’Evangile à la page de l’homme. Ainsi pourrait prendre fin, ce qui ne saurait être clos.


 
Bibliographie

 

Du Magistère de l’Afrique

 

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BENOIT XVI, Caritas in veritate, Sur le développement humain intégral dans la charité et dans la vérité, Paulines, Abidjan, 2009.

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Information sur Port de la tenue UCAO
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INFORMATION SOUTENANCE LICENCE
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Une nouvelle annexe de l’UCAO/UUB
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Innovation pédagogique
L’UCAO/UUB a signé un contrat avec une bibliothèque numérique d’une capacité de 30.000 ouvrages. Les étudiants de l’UCAO/UUB y sont tous abonnés. L’UCAO/UUB est (...)